News


La Vie du Rail - East London Line

This article is in French.

L’art des essais et de la réception
Posted 1st June 2010.

La remise de l’East London Line prolongée à TfL, en janvier dernier, a été précédée par 13 semaines de marches d’essai gérées par le consortium Balfour Beatty-Carillon. Ces essais représentaient une première, dans la mesure où l’infrastructure, le matériel roulant et l’exploitation ont été testés simultanément, en tant que système ferroviaire intégré, malgré la multiplicité des acteurs. Lancés à partir du 5 octobre 2009, ces essais ont impliqué une cohabitation entre les personnels du futur exploitant London Overground Rail Operations Ltd (LOROL), de Bombardier, constructeur du matériel roulant, et de Balfour Beatty-Carillon. Travaillant directement pour ce consortium, un acteur supplémentaire, Ascenda Management Consulting Ltd, a joué un rôle clé dans la préparation, l’organisation et la gestion des essais, puis lors de la mise en service de la nouvelle ligne, assurant un déroulement en toute sécurité des essais statiques, puis dynamiques. Capitalisant les expériences individuelles de son personnel, acquises dans le métro de Londres, à Network Rail, dans le tunnel sous la Manche ou les lignes à grande vitesse, l’entreprise Ascenda est basée à Londres, mais dirigée par un Français, Frédéric Sancho, ancien de la SNCF, de l’AREP et d’Alstom.

« Le projet a été gagné par le consortium Balfour Beatty-Carillion en octobre 2006. A l’époque, j’étais encore sur la mise en service de la CTRL section 2 et j’ai rejoint le projet ELL en juin-juillet 2007, suffisamment tôt pour en comprendre tous les tenants et aboutissants » précise Frédéric Sancho. Le passage de la première LGV britannique à un projet a priori moins ambitieux, n’a pourtant pas été sans problème : « la grosse différence est que dans un projet comme CTRL, nous avions la voie libre avant le passage du train, nous n’avions pas le stress d’ici, où non seulement nous avons ouvert la ligne, mais c’était une ligne qui n’était pas terminée ! » En effet, « des gens travaillaient à un mètre derrière nous, on avait des échafaudages un peu précaires proches du passage du train, avec des gens dont la culture ferroviaire était complètement absente ».

Le choc des cultures était total avec les génie civilistes : « les dangers liés à l’électricité ou aux mouvements de trains, l’absolue obligation de ne pas avoir de choses dans le gabarit... pour eux, c’était un monde complètement étranger ». Pour Ascenda, « il a fallu éduquer énormément, sans prétention aucune, et il a fallu se mettre à dos un certain nombre de gens en leur rappelant des choses qui nous paraissent évidentes », quitte à être vus comme des empêcheurs de tourner en rond : « mais c’est pour ça que nous sommes payés ! » Un problème culturel similaire s’est posé pour les questions de documentation : « vous aviez des gens qui ne voyaient pas la valeur ajoutée de la mise en place systématique d’une documentation précise ». C’est ainsi que « de fil en aiguille, de responsables des essais mise en service, nous sommes devenus département qualité pour tout ce qui était documentation de ces mêmes essais ». Mais à la base, « nous étions là pour prouver que l’infrastructure tiendrait le choc. Nous avons fait des choses qui sont "limite" et qui ne seront dans doute jamais refaites pendant la phase d’exploitation, comme de la survitesse ». Ont aussi été vérifiés sur la ligne la couverture GSM-R, la compatibilité électro-magnétique, le bruit, les vibrations, l’alimentation électrique en fonction du nombre de trains par heure demandé dans le cahier des charges... « Les trains étaient déjà testés par Bombardier sur 2 500 miles, mais nous avons quand même effectué des essais de compatibilité électro-magnétique pour s’assurer que tout allait bien ».

Reste pour Frédéric Sancho que « la partie la plus intéressante, parce que c’est la plus difficile à gérer, c’est la partie humaine. Il faut que vous arriviez à convaincre vos propres équipes que c’est normal de travailler le week-end ou la nuit parce que d’autres n’ont pas tenu leurs dates de livraison. »